"La 3e voie…"

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Home Core Knowledge E.D. Hirsch Jr : le croisé inattendu

E.D. Hirsch Jr : le croisé inattendu

Envoyer Imprimer

- Anonyme
E.D. Hirsch Jr : le croisé inattendu
Thomas B. Fordham Foundation, 2003
Traduction : Pierre Azimont
01.2007

E. D. HIRSCH : le croisé inattendu

Quand E.D. Hirsch Jr, écrivit Cultural Literacy il y a quelque quinze années, il n’avait guère prévu qu’il serait bientôt un auteur à grand succès, un réformateur de l’enseignement mettant la main à la pâte et une bête noire de l’enseignement “progressiviste”. En fait, le Professeur Hirsch était un croisé des plus invraisemblables. Pendant deux décennies à l’Université de Virginie, il avait été un classique professeur de littérature, tournant d’élégantes et savantes analyses sur la théorie littéraire et sur les poètes romantiques. Hirsch, de plus, était un improbable hérétique pour lancer un assaut contre les canons de l’éducation “progressiviste”. Se décrivant lui-même comme un “homme de gauche militant”, il avait longtemps bataillé aux côtés des progressistes sur des questions comme le contrôle des armes et les droits à l’avortement et il avait conservé son adhésion à l’Union américaine pour les Libertés Civiles.

Comment le rebelle est-il né ? L’éveil de Hirsch a commencé un jour de 1978 dans une classe d’anglais d’un collège communautaire (établissement d’études postsecondaires) à Richmond en Virginie. Il avait dirigé la plupart de sa recherche sur la compréhension de la lecture et de l’écriture à l’Université de Virginie. Ce jour-là, cependant, Hirsch corrigeait les devoirs sur des lectures au collège communautaire. Les étudiants du collège communautaire, noirs pour la plupart d’entre eux, avaient lu avec une aisance et une compréhension à peu près semblables à celles de leurs pairs de l’université de Virginie. Mais à la surprise de Hirsch, les étudiants « devenaient perplexes quand ils devaient lire à propos de la reddition de Lee à Grant à Appomattox. Ce passage leur était incompréhensible comme un essai de Hegel sur la philosophie l’était à des étudiants de l’université de Virginie. »

La perplexité des étudiants a provoqué chez Hirsch une espèce de catharsis : la connaissance du contexte, une série commune de faits culturels et d’information avait de l’importance - pas pour le plaisir de savoir des faits en soi mais parce qu’un bagage intellectuel partagé était essentiel pour permettre aux étudiants de lire et d’écrire avec profit. « L’impact sur la justice sociale de cette fracture du savoir était immense » dit Hirsch. Et ce manque de faits connus a semblé particulièrement dommageable pour les étudiants des minorités défavorisées. En tant que fils d’un marchand de coton prospère dans le Memphis des années 1930 et 1940, Hirsch avait observé de première main les horreurs de la ségrégation raciale et avait avidement lu à 16 ans l’étude classique de 1 025 pages de Gunnar Myrdal, Un Dilemme américain. Depuis lors, il avait été touché par “la culpabilité sudiste” à propos du problème racial. Maintenant il devait faire face à l’idée paradoxale que cette éducation progressiviste, avec son programme de galerie marchande et son dédain à faire s’exercer les élèves dans les compétences fondamentales, était elle-même intolérante, renforçant l’écart de score entre Noirs et Blancs dans les tests et aggravant l’inégalité raciale.

Dans les années 1980, comme les signes de la fracture du savoir se sont multipliés, les doutes de Hirsch sur l’éducation progressiviste ont grandi. Vers 1986, les tests nationaux ont montré que deux tiers des jeunes de 17 ans ne savaient pas que la Guerre de Sécession s’est passée entre 1850 et 1900. La moitié des élèves ne pouvaient pas identifier la décision Brown et autres contre le bureau de l’Éducation (arrêt de la Cour suprême qui déclara la ségrégation raciale inconstitutionnelle dans les écoles publiques). Et la plupart des élèves de terminale ne connaissaient pas non plus les romanciers Jane Austen et Fédor Dostoïevski.

L’année suivante, Hirsch a exprimé sa critique de l’éducation progressiviste dans le livre qui a ouvert la voie : Cultural Literacy (Littéracie culturelle ou Culture générale), un des livres sur l’éducation les plus vendus du siècle dernier. Les parents et les enseignants ont englouti le livre – il s’en est vendu plus de 400 000 exemplaires rien qu’en édition brochée - et Hirsch trouva un allié de la première heure en Albert Shanker, alors président de la Fédération américaine des enseignants (AFT). Le reste de l’establishment de l’enseignement, cependant, se montra féroce avec lui. « J’ai été traité d’élitiste, de raciste, de mâle hégémoniste, de nostalgique des feuilletons familiaux des années cinquante, toutes les phrases méprisantes de l’arsenal de l’époque », rappelle Hirsch.

Le Columbia Teachers College Record a publié non pas un mais deux comptes rendus de Cultural Literacy dans le même numéro, rejetant le livre comme un “manifeste néo conservateur” et comme la “version haut de gamme du Trivial Pursuit”. Bien que Hirsch se soit étendu dans de longs passages pour établir sa bonne foi d’homme de gauche dans Cultural Literacy, ses critiques ont négligé d’une manière commode ses avertissements sur les dommages que cette éducation progressiviste exerçait sur les déshérités. Le Harvard Educational Review a accusé Hirsch de faire partie d’une conspiration de « groupes d’intellectuels d’extrême-droite et de groupes dirigeants pour miner la base de vie publique démocratique ». Dans The Nation, un critique avait flairé, aussi improbable que ce fut, « que Hirsch aimerait que la jeunesse américaine entende encore claquer le fouet dans le pré à côté de la vieille école à salle unique. » Même la Modern Language Association a dénoncé le livre et l’establishment de la critique littéraire a renvoyé bruyamment Hirsch du conseil consultatif de la publication de l’Université de Chicago, Critical Inquiry.

Les autres critiques ont attaqué Hirsch comme étant un professeur Gradgrind des temps modernes, l’enseignant sévère de Charles Dickens qui déclarait : « N’enseignez à ces garçons et à ces filles rien que des faits. On n’a besoin que de faits dans la vie ». Cultural Literacy incluait une annexe contenant une liste préliminaire de 63 pages de quelque 4 500 noms, faits et références nommés “Ce que tout Américain cultivé sait”.  Mais les critiques de Hirsch ont proclamé qu’il avait produit une version européocentrique du Trivial Pursuit, énumérant tout ce qu’il croyait que les Américains devraient savoir. « Rétrospectivement, dit  Hirsch, Cultural Literacy était une expression malheureuse parce qu’elle a tiré le livre vers la “politique identitaire” des années 1980 et 1990. »

Devant cette mise au pilori, plus d’un professeur de littérature se serait retiré dans sa tour d’ivoire ou bien aurait encaissé simplement ses droits d’auteurs. Pas Hirsch. Il avait le courage de ses convictions, affichant une insistance trop rare à essayer ses théories dans le monde réel des écoles élémentaires. Par l’intermédiaire de la Fondation pour le Savoir Fondamental basée en Virginie (qu’il a fondée en 1986), Hirsch a entrepris une campagne remarquablement ambitieuse avec trois objectifs : créer un nouveau cursus fondamental par niveau, du jardin d’enfants jusqu’à la 6e ; développer des instituts de formation pour des milliers d’enseignants ; et établir un réseau national d’écoles de Core Knowledge (qui utilisent les programmes de Core Knowledge au moins 80 % du temps).

À la fin des années 1980, l’existence de la fondation était si précaire qu’elle aurait disparu sans l’argent donné par Hirsch et sa mère. Sa stabilité financière a été seulement assurée après que Hirsch eut achevé une série de populaires guides des programmes, spécifiques à chaque classe – et alors il fit don de tous les droits qu’ils avaient rapportés (plus de 2 millions de dollars) à la fondation. Pendant les années maigres de la fondation, Hirsch dit que : « Deux choses m’ont encouragé : la conviction que la science cognitive avait raison et la conviction que l’absence de culture générale avait une importance fantastique sur la justice sociale, particulièrement sur l’écart de score aux tests entre Noirs et Blancs et sur l’écart de revenus. »

À la consternation de ses critiques des facultés de sciences de l’éducation, le mouvement de Core Knowledge a bien pris à travers le pays. Les parents et les enseignants l’ont adopté avec enthousiasme, comme les fondateurs de beaucoup d’écoles à charte. Aujourd’hui, environ 750 écoles de Core Knowledge et affiliées fonctionnent dans 47 États, et la fondation estime que plus de 1,2 million d’élèves ont utilisé des parties de son cursus.

Dans la pratique, le programme fondamental est riche, ethniquement diversifié et stimulant – avec un très lointain rapport avec la parodie du cliché sur les “écrivains sexistes, européens et morts”. Les CP étudient l’Égypte ancienne et le Mexique moderne ; les CE1 apprennent la vie de César Chavez (syndicaliste paysan de Californie, de parents fermiers d’origine mexicaine, disparu en 1993), l’Inde ancienne et les Amérindiens, et ainsi de suite. Des évaluations indépendantes des écoles de Core Knowledge par les Instituts américains pour la Recherche et d’autres organisations ont montré la preuve prometteuse d’effets positifs sur la réussite des élèves et aucun effet d’abrutissement dû au “drill-and-kill » (l’exercice c’est tuant), effet que les pédagogues progressivistes avertis étaient sûrs de voir se produire avec la création d’un programme revenant aux choses fondamentales. Les parents, pendant ce temps, ont voté avec leurs pieds, créant de longues listes d’attente dans beaucoup d’écoles Core Knowledge. Dans une école de Fort Collins, au Colorado, certains parents ont même cherché à inscrire leurs enfants non encore nés.

Étant donné son développement d’un programme fondamental populaire, ce n’est pas une surprise si Hirsch a été mis aujourd’hui au premier rang du mouvement pour les normes qui a provoqué le vote en 2001 de la loi No Child Left Behind (Aucun enfant n’est abandonné). Dans son livre de 1996, The Schools We Need and Why We Don’t Have Them (Les écoles dont nous avons besoin et pourquoi nous ne les avons pas), Hirsch a fourni les fondations intellectuelles pour exiger des tests à l’échelle du pays en lecture, en maths, en science et en histoire aux différents niveaux scolaires. Il a gagné l’admiration à la fois de George W. Bush et de la Fédération américaine des enseignants – ce qui n’est pas un mince exploit. Et comme le New York Times Book Review le rapportait en novembre 2002, même beaucoup d’écoles progressivistes sont revenues maintenant à l’enseignement des classiques. « Le débat ronronne dans les facultés de sciences de l’éducation, » rapporte le Times, mais « dehors dans le monde, la guerre a été gagnée. » Sans le cran, la persévérance et la puissance de feu intellectuelle d’E.D. Hirsch Jr, cette guerre pourrait bien avoir été perdue.

Mise à jour le Dimanche, 03 Octobre 2010 09:06  

Identification

Une reconnaissance ministérielle


dénommée antérieurement 3evoie


Qui est en ligne ?

Nous avons 23 invités en ligne

À LA UNE !