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Pédagogisme, sciences de l’éducation et philosophie

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La publication d’un post d’Annie Feyfant sur le blog de l'INRP a entraîné des réactions intéressantes. Nous les reproduisons ci-dessous.


Annie FEYFANT (le 18.02.2010) :

De temps en temps, il peut être utile de revoir ses fondamentaux. La pédagogie en est un. Mais pourquoi certains s’écharpent-ils sur le sujet et mélangent-ils pédagogie et pédagogisme ?
Une chose est sûre : les propos des uns font grincer les dents des autres et inversement. L’élève est il au centre ou à la périphérie ? Quelle est la posologie pour absorber ces fichues connaissances et compétences (savoirs, vous avez dit savoirs) ?
Voici quelques morceaux choisis :
Quelques unes des dernières assertions sur le pédagogisme
« Le pédagogisme est un ensemble de techniques éducatives issues du rousseauisme et de l’illusion libertaire qui privilégient une idéalisation de l’enfant. Le pédagogisme en considérant que l’enfant est l’artisan de son propre savoir et le maître d’œuvre de son développement, se place au même niveau que l’enfant et limite tout symbole d’autorité éducative ou culturelle. La double contrainte à laquelle est soumis l’enfant, c’est-à-dire d’être un enfant et d’être considéré comme un adulte à la fois, n’est pas étrangère aux résultats que nous connaissons » (de Trévarez, 2008).
« Le pédagogisme se caractérise d’abord par une méfiance extrême à l’égard de l’acte d’enseigner. La représentation prévaut d’un élève passif face à un professeur qui déverserait son savoir dans le récipient servant de cerveau à l’“apprenant”. L’institution scolaire est envisagée dans sa fonction d’endoctrinement au service d’un pouvoir jugé mauvais, et le professeur et l’élève sont nécessairement dans un rapport conflictuel et violent ». « Les réflexions des fondateurs du pédagogisme (Pestalozzi, Dewey, G. S. Hall, Piaget, Freinet…) datent du début du XXe siècle, voire de la fin du XIXe siècle. On peut ainsi lire dans School and society, ouvrage de John Dewey publié en 1899, ces lignes qui ont pu inspirer les slogans de la loi Jospin de 1989 : “Le changement qui se produit aujourd’hui dans l’éducation est une permutation du centre de gravité de l’école. C’est une transformation, une révolution, semblable à celle que Copernic introduisit en faisant du soleil le centre de gravité de l’univers. Pour nous, l’élève devient le soleil autour duquel doivent graviter les apprentissages. Il est le centre par rapport auquel ils s’organisent (…). Apprendre ? Oui bien sûr, mais à partir de la vie, apprendre à travers et en rapport avec le vécu qui est le leur ” » (Capel, 2004).
« La loi Fillon marquera la fin d’une parenthèse – l’emprise du pédagogisme sur l’école –, qui a pu être qualifié d’«enseignement de l’ignorance», par l’essayiste Jean-Claude Michéa. Sous la pression continue des réformes votées depuis 1981, le vide s’est imposé comme le contenu central de l’enseignement. Les TPE (travaux personnels encadrés), courageusement supprimés par François Fillon, exprimaient la quintessence de cette substitution du vide à tout autre contenu. Le projet des pédagogistes, à l’œuvre dans toutes les mesures scolaires décidées par la gauche, se ramenait à marier l’école avec un certain air du temps, celui de «l’ère du vide», selon la formule du philosophe Gilles Lipovetsky » (Redecker, 2005)
« Pédagogisme, n. f. néologisme attribué à Montaigne (1595) qui désignait ainsi l’enseignement de Platon. Sa systématisation dans le langage courant est récente (1984 ?) : ensemble de lieux communs éducatifs issus du gauchisme libertaire et du christianisme social qui mettent en avant le respect absolu de l’enfant. Le pédagogisme, au prétexte de rendre l’enfant constructeur de son propre savoir et auteur de son développement, discrédite a priori toute autorité éducative et tout apport culturel. Il laisse ainsi se développer les inégalités qu’il prétend combattre. Concrètement, le pédagogisme promeut des pratiques composites articulées, d’une part, à une non-directivité bienveillante – où l’écoute de l’autre est censée résoudre tous ses problèmes – et, d’autre part, à une technologie sophistiquée et jargonnante qui relève du béhaviorisme (théorie psychologique qui ne considère que le couple stimulus – réponse). Il associe ainsi la direction de conscience et le dressage, alors qu’éduquer consiste à convoquer une intelligence et à transmettre à l’individu une culture lui permettant de s’exhausser au-dessus de sa condition, d’assumer et de transformer le monde qui l’accueille » (Meirieu, 2007).
Alors, pédagogie ou pédagogisme? N’y a-t-il pas amalgame? Les philosophes, très critiques, pourraient-ils permettre, malgré tout, de trouver un équilibre ?
Ferdinand Buisson nous dit que la pédagogie « consiste, non en actions, mais en théories. Ces théories sont des manières de concevoir l’éducation, non des manières de la pratiquer. Parfois, elles se distinguent des pratiques en usage au point de s’y opposer. [... elle]consiste dans une certaine manière de réfléchir aux choses de l’éducation » (Buisson, 1911).
Pour les canadiens, la pédagogie est « Art et science de l’éducation, plus précisément de l’enseignement ». C’est un « domaine qui étudie la relation entre l’enseignement et l’apprentissage; un système pédagogique est un ensemble d’éléments qui ont pour but de faire apprendre d’une manière formelle. La pédagogie s’appuie sur des théories spécifiques » (Dugal, 2009).
Ces [textes] théoriques « s’efforcent de penser les situations éducatives et de surmonter dans la temporalité les contradictions inévitables entre la nécessité de l’engagement du sujet dans ses apprentissages » (Meirieu, 2007).

Convoquer Hannah Arendt pour parler de pédagogisme fait visiblement l’unanimité. La philosophie pourrait –elle être le moyen de trouver un point d’équilibre ? Dans la revue Diotime, Sylvie Solère –Queval analyse les rapports entre enseignement de la philosophie et apports des sciences de l’éducation. Si elle cite également H. Arendt (« la pédagogie est devenue une science de l’enseignement en général, au point de s’affranchir complètement de la matière à enseigner »), elle s’interroge sur ces philosophes qui prônent un enseignement fondé sur l’universalité, sur une école comme espace d’exception (sanctuaire), s’adressant à des esprits disponibles. Or, « s’engager sur la voie des sciences de l’éducation serait admettre que l’élève est un sujet empirique inscrit dans un contexte et une histoire, ce serait admettre qu’il entre à l’école sans se dépouiller de tout ce qui en fait un individu singulier »(Solère-Queval, 1999).
Quel enseignant pourrait prétendre que l’élève dépose son vécu culturel, familial, affectif en entrant en classe -de philo ou d’histoire?
« Les anti-pédagogues ont raison d’être soucieux des contenus d’enseignement, ils ont tort de diaboliser quiconque s’intéresse à l’élève en lançant l’anathème de pédagogisme. Les pédagogues ont raison d’être soucieux de l’élève, ils ont tort quand ils tournent en dérision quiconque rappelle des exigences disciplinaires ». […] Pourquoi faudrait-il choisir de centrer son enseignement sur le savoir ou sur l’élève ? L’acte d’enseigner doit être référé à deux pôles, l’élève et le savoir. Il doit se soucier tout autant de la matière et de la manière« . (Solère-Queval, 1999).

 

Christian JACOMINO (le 18.02.2010) :

Cet article est un véritable outil de travail (de réflexion et d’échange). Il semble en effet utile de rappeler qu’on peut (ou doit) poser la transmission des connaissances (et de la culture qui les a rendu possibles et qui les a portées) comme l’objectif inaliénable de l’école. Et soutenir en même temps que les connaissances s’acquièrent par l’exercice, par la manipulation, par l’expérimentation personnelle. Je relève sur le blog d’un professeur de mathématiques (“Cahiers de Textes”, à l’adresse http://cfai-maths.blogspot.com) une citation lumineuse d’Albert Einstein: “La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information”. Un élève n’expérimente rien quand il baisse la tête pour noter, une ou deux heures durant, le cours d’un professeur qui parle seul.

 

Bruno DEVAUCHELLE (le 23.02.2010) :

Il y a des paradoxes qu’il faut savoir dépasser. Malheureusement celui présenté ici reste trop simpliste et surtout ce qui en découle n’en est pas le dépassement.
A force d’à peu près et de citations extraites de leur contexte, on risque de ne jamais faire avancer la connaissance…

 

Annie FEYFANT (le 23.02.2010) :

Il suffit de faire confiance à nos lecteurs qui opèreront le dépassement et comprendront bien que ces citations ont été choisies pour proposer un débat (ça n’est pas pour rien que l’article est classé dans la rubrique « en débat »).
Par ailleurs, j’assume tout à fait cet « à peu près  » car si j’avais effectué un travail exhaustif et une réelle compilation de textes, supposée « faire avancer la connaissance », la forte proportion de textes « anti-pédagogues » aurait pu faire douter d’une neutralité de bon aloi et de mes convictions personnelles…

Mise à jour le Samedi, 23 Octobre 2010 14:11  

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